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Place Seffarine : le son des marteaux depuis mille ans

Artisan dinandier martelant une feuille de cuivre sur la place Seffarine à Fès

Dans la médina, il y a des places que l’on trouve à l’oreille. La place Seffarine est de celles-là : bien avant d’apercevoir le platane qui l’ombrage, vous entendez le martèlement — un cliquetis métallique continu, presque musical, qui monte des ateliers de dinandiers. On l’entend depuis des siècles : Léon l’Africain notait déjà, au XVIe siècle, la présence des chaudronniers sur cette place, et la tradition les fait travailler ici depuis le Moyen Âge. Le nom même de la place vient d’eux : seffarin, en arabe, ce sont les ouvriers du cuivre jaune.

Une place, trois monuments

Seffarine tient son charme de ce qu’elle concentre. Au nord-ouest s’adosse la bibliothèque de la Qarawiyyin, la grande mosquée-université fondée par Fatima al-Fihri au IXe siècle — le toit de tuiles vertes qui domine la place est celui de tout ce quartier savant. À l’est, la médersa Seffarine, bâtie en 1271 par le sultan mérinide Abou Youssef Yacoub, est la première médersa jamais construite au Maroc. Au sud-ouest, le hammam Seffarine, d’époque mérinide également, servait autrefois aux artisans du souk ; restauré, il fonctionne toujours.

Autrement dit : en vous asseyant un instant sur cette place, vous avez sous les yeux le premier collège du royaume, l’une des plus anciennes bibliothèques du monde et le bruit continu du métal — le savoir du livre et le savoir de la main, face à face.

Regarder travailler un dinandier

Les ateliers s’ouvrent directement sur la place et sur les derbs voisins : des échoppes parfois pas plus larges qu’un bras levé. L’artisan est assis bas, l’enclume entre les jambes, et façonne à coups de marteau des feuilles de cuivre ou de laiton — théières, plateaux ciselés, lanternes ajourées, louches, et ces énormes bassines que les familles louent encore pour les mariages. Autrefois, le laiton dominait ; aujourd’hui, c’est le cuivre rouge qui brille sur les étals.

Plateaux et théières en cuivre martelé exposés dans un atelier de dinandier à Fès

Regardez le rythme : le martelage n’est pas du bruit, c’est de la mesure. Chaque coup resserre le métal, le durcit, lui donne sa forme — puis vient le ciselage, le repoussé, la finition. Demandez la permission, et la plupart des artisans vous laisseront observer ; quelques-uns expliqueront le geste, fiers d’un métier transmis de père en fils. Si l’envie vous prend d’essayer, nos ateliers d’artisans mettent aussi la main à la pâte — ou plutôt au métal et aux autres matières de la ville.

Comment y aller

Depuis Bab Boujloud, descendez le Talaâ Kebira jusqu’au cœur de la médina, puis prenez à droite vers la Qarawiyyin : la place se niche juste au sud de la grande mosquée, le long de l’oued Bou Khrareb — la tannerie de Chouara n’est qu’à quelques pas plus bas. Matinée ou fin d’après-midi sont les meilleurs moments, quand les ateliers battent leur plein.

Vue de la place Seffarine avec son arbre centenaire et les étals de cuivre

Le silence après le métal

Après une heure de marteaux et de cuivre, le corps réclame une autre musique. C’est là que le retour au riad prend tout son sens : le patio, le clapotis de la fontaine, un thé versé de haut. Depuis Seffarine, le Riad Ibn Battouta se gagne en une vingtaine de minutes de marche à travers les ruelles — un chemin que nous vous indiquerons volontiers à votre premier petit déjeuner. Et si le hammam des dinandiers vous a donné des envies de vapeur, le nôtre vous attend : pas de queue, pas de foule, juste la chaleur et le temps qui s’arrête.

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Le Riad Ibn Battouta vous attend aux portes de la médina — 7 suites, un spa traditionnel et des ateliers d'artisans.

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