Bab Boujloud et les portes de la médina
La porte la plus célèbre du Maroc est aussi l’une des plus récentes. Bab Boujloud, que tout le monde appelle « la porte bleue », fut élevée en 1913 par l’administration du protectorat français — le capitaine Mellier, chef des services municipaux, voulait offrir à la vieille ville une entrée à sa hauteur. Trois arches en fer à cheval, un décor de zellige soigné, un passage droit vers le cœur de la médina : d’un côté de ce seuil, le bleu profond de Fès ; de l’autre, le vert de l’islam. Un siècle plus tard, elle est devenue le symbole de la ville.
Le secret de la porte : il y en a deux
Peu de visiteurs le remarquent, mais en regardant à gauche de Bab Boujloud, depuis l’extérieur, on distingue une porte plus petite, condamnée, adossée au rempart. C’est l’ancienne Bab Boujloud, qui remonterait au XIIe siècle. Sa géométrie raconte une autre époque : le passage y était en chicane, perpendiculaire au rempart — une entrée coudée, pensée pour la défense, afin qu’un bélier ne puisse jamais prendre d’élan. Quand les remparts ont cessé de défendre, les portes sont devenues cérémonie ; la nouvelle porte de 1913 a abandonné toute prétention militaire au profit du décor.
Arrêtez-vous au centre de la place et regardez à travers l’arche centrale : deux minarets s’y découpent. L’un appartient à la mosquée Sidi Lazzaz, l’autre à la médersa Bou Inania, bâtie dans les années 1350 — six siècles de monuments médiévaux encadrés par une porte du XXe siècle. C’est la vue la plus photographiée de Fès, et elle dit tout de la ville : des époques qui se superposent sans s’effacer.
Bleu dehors, vert dedans
Le détail à retenir pour votre visite : traversez la porte, puis retournez-vous. La façade extérieure, côté ville moderne, est couverte du zellige bleu cobalt qui a fait la renommée des potiers de Fès. La façade intérieure, côté médina, est verte — la couleur de l’islam et du paradis. La porte regarde ainsi dans deux directions : vers le monde qu’elle accueille, et vers la ville sainte qu’elle protège. Pour apprendre à lire ce vocabulaire de zellige et de bois sculpté, notre article sur zellige, cèdre et zouak vous donnera les clés.

Les autres portes, les autres époques
Fès el-Bali est ceinte de remparts de pisé qui s’étirent sur des kilomètres, percés de portes de tous les âges. Les plus anciennes et historiquement les plus importantes sont Bab Mahrouk à l’ouest, Bab Guissa au nord-est et Bab Ftouh au sud-est — de vraies portes médiévales, massives, encore traversées chaque jour par des flots de piétons et de mulets. Bab Ftouh mène au quartier des potiers ; Bab Guissa offre, au sommet de sa colline, l’un des plus beaux points de vue sur la médina au soleil couchant. Plus au sud, Fès el-Jdid possède ses propres portes monumentales, Bab Dekkakine et Bab Semmarine, héritées des Mérinides.
Depuis Bab Boujloud, deux artères partent dans le dédale : le Talaâ Kebira et le Talaâ Seghira, qui descendent toutes deux vers la Qarawiyyin. C’est le point de départ naturel de toute première exploration — nous en parlons dans notre guide de la médina pour un premier voyage.
Franchir le seuil, puis rentrer
Le quartier de Bab Boujloud vit dès l’aube : cafés, étals, le va-et-vient des Fassis qui commencent leur journée. C’est aussi votre repère de retour : perdu dans les ruelles, dites simplement « Bab Boujloud » et l’on vous remettra dans la bonne direction. De là, le riad est à quelques minutes à pied — franchir la porte le soir, quand le bleu vire au violet dans la lumière rasante, puis retrouver le silence du patio, est l’un des petits luxes de la maison. Nos suites vous attendent de l’autre côté des remparts, chacune nommée d’après une étape des voyages d’Ibn Battouta.
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